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Les contrats intelligents

par | Juil 8, 2020 | 0 commentaires

Ces programmes informatiques irrévocables généralement déployés sur une blockchain et qui exécutent automatiquement un ensemble d’instructions prédéfinies offrent un levier considérable à une multitude de relations contractuelles. Leurs applications sont très nombreuses.

Cet article s’adresse à des lecteurs ayant déjà acquis un certain niveau de connaissance dans le domaine de la Blockchain et des crypto-monnaies. Si l’article vous paraît indigeste, n’hésitez pas à choisir une autre difficulté dans l’encadré ci-dessous wink

Difficulté de l’article:

Le contrat intelligent (‘Smart Contract’) : définition

Les contrats intelligents ou ‘smart contracts’ sont des protocoles informatiques qui facilitent, vérifient et exécutent la négociation ou l’exécution d’un contrat. Ils disposent généralement d’une interface utilisateur et émulent la logique des clauses contractuelles. La plupart du temps, ils se déploient sur une blockchain. 

L’idée maîtresse derrière ce concept de contrat intelligent est de garantir la force obligatoire des contrats non plus par le droit, mais directement par le code informatique.

Comme pour chaque programme informatique, la complexité est variable d’un contrat intelligent à l’autre. Certains implémentent des conditions simples, à l’image d’une fonction « si » sur Excel (si telle condition est remplie, alors le contrat est exécuté -ou “if this then that” ) alors que d’autres contrats intelligents sont beaucoup plus complexes. En fait, les contrats intelligents ont pour ambition de répliquer toutes les clauses et les règles permettant à des sociétés de fonctionner. On parle ainsi de DAO, acronyme pour Decentralized Autonomous Organization ou ‘Organisation Autonome Décentralisée’ (voir notre article du 7 février). 

Histoire 

Souvent associé au protocole Ethereum qui se positionne comme une version programmable de Bitcoin et qui élargit considérablement le champ des applications décentralisées, l’expression « contrats intelligents » a été inventée par l’informaticien Nick Szabo en 1993, pour souligner l’importance d’apporter des pratiques « hautement évoluées » du droit des contrats, mais elle a été inspirée par des chercheurs comme David Chaum. Nick Szabo s’attendait à ce que la spécification, la vérification et l’exécution d’une opération grâce à des protocoles cryptographiques et d’autres mécanismes de sécurité numérique, puissent apporter une forte amélioration par rapport à la loi traditionnelle encadrant les contrats associés à leurs différentes clauses. Des chercheurs ont souligné l’intérêt que peuvent apporter les contrats intelligents en matière de sécurité. Cela s’est fait parallèlement à David Chaum et d’autres chercheurs de la communauté de cryptographie financière ont souligné l’intérêt des protocoles cryptographiques pour assurer la confidentialité de l’argent numérique, les informations d’identification et la signature électronique des contrats. Le développement des contrats intelligents résulte enfin des nombreux efforts pour améliorer les opérations dans diverses industries utilisant la technologie numérique. 

Avec l’avènement des protocoles à consensus distribué et des crypto-monnaies inventés pour permettre des échanges de valeurs numériques sans frontières, sécurisés, résistants à la censure et programmables, c’est tout un secteur technologique qui s’ouvre à la programmation de contrats intelligents. Ethereum est le protocole le plus connu dédié à la programmation des contrats intelligents, mais ce n’est plus le seul, et les contrats intelligents peuvent aujourd’hui être déployés sur de nombreuses autres blockchains concurrentes (EOS, Tezos, NEO ,…).

Fonctionnement d’un contrat intelligent

Le contrat intelligent propose en quelque sorte un équivalent informatique du contrat papier. Durant l’exécution du contrat intelligent, toutes les étapes de validation sont enregistrées dans la blockchain utilisée (la plus utilisée à ce jour étant Ethereum). Ce procédé permet de sécuriser l’ensemble des données en empêchant leur modification ou leur suppression à posteriori.

En pratique, l’immense majorité des contrats intelligents servent pour automatiser des échanges de valeur sous forme de crypto actifs. Toutes les écritures comptables relatives à ces échanges de valeurs numériques sont systématiquement inscrites dans la blockchain. De la sorte tous les transferts d’actifs, sont à la fois publics, prévisibles et irrévocables. N’importe qui peut vérifier sur la blockchain la bonne exécution du contrat et déterminer à qui appartient  l’actif.

Les contrats intelligents garantissent donc un ensemble extrêmement chargé de conditions d’exécution, qui ne laissent normalement pas de place au doute ou à la confusion. Les conditions sont très clairement fixées et l’interprétation du code est sans équivoque, contrairement à l’interprétation humaine, qui laisse toujours place à la négociation ou à la découverte d’un vide juridique. En effet, la blockchain vise à éliminer le plus possible l’incertitude et l’aléatoire, donc le contingent, de telle sorte que se substituent  à la confiance, elle-même toujours corrélée à la faillibilité d’un système, les notions d’assurance et de garantie. Assurance et garantie sont produites par l’itération de calculs dont les résultats sont considérés statistiquement satisfaisants, il en découle que c’est le domaine propre de l’humain qui disparaît progressivement au profit de procédures automatisées, fondées non sur la délibération mais sur la certification.  

Les contrats intelligents sont donc pour la plupart standardisés, (tout comme les contrats papiers), pour lesquels nous avons la possibilité d’utiliser des templates. Le standard de contrats intelligents le plus répandu est connu sous le nom de ERC20, et a pour fonction principale de permettre la création de tokens (actifs numériques, cryptomonnaies) sur le réseau Ethereum.

Avantages et inconvénients

Avantages

Les blockchains publiques offrent de formidables opportunités pour déployer des contrats intelligents de manière extrêmement sécurisée. Il existe actuellement des centaines de tokens (jetons numériques) ERC-20 (comme les crypto-monnaies issues d’un ‘smart contract’ ERC-20) dont la valorisation globale représente plusieurs milliards de dollars.

Les avantages des contrats intelligents sont multiples. Ils permettent de :

  • Sécuriser un accord entre deux parties (ou plusieurs) grâce à la transparence et    l’immutabilité des blockchains
  • Automatiser le paiement et éliminer les risques d’impayés, fréquemment observés dans le cadre d’un contrat traditionnel
  • Diminuer drastiquement les coûts intermédiaires dans l’élaboration, le suivi et la passation d’un contrat (exemple avec les notaires ou les avocats)

Inconvénients

Les contrats intelligents comportent cependant des inconvénients sur lesquels travaillent les spécialistes. Le principal inconvénient reste :

  • le risque de failles inhérent à tout programme informatique.

Le code des contrats intelligents est le plus souvent ‘open source’, mais si ce code est mal conçu, il peut permettre à des hackers (ou pirates informatiques) d’exploiter les failles qu’il contient au détriment des autres utilisateurs. 

L’exemple de piratage le plus connu est celui de The DAO  qui a entraîné une perte de l’équivalent de  plus de 150 millions de dollars (en ethers). A la suite de ce hack célèbre, la communauté Ethereum avait fait le choix douloureux de ré-écrire à posteriori l’historique des transactions inscrit dans la blockchain Ethereum afin de déposséder le hacker de son butin et de restituer les éthers volés à l’ensemble des victimes.

Ce type de problème pose la question de l’immutabilité des blockchains (« Code is Law ») face à la nécessité de réintroduire une intervention humaine dans le cadre d’un contrat intelligent. Une doctrine existe, soutenant qu’il serait envisageable de rajouter une forme de gouvernance supplémentaire aux blockchains orchestrée par un savant jeu de contrats intelligents pour définir des cas possibles d’arbitrage en cas d’urgence. A l’opposé, les puristes de Bitcoin et de ses évolutions sont partisans de préserver autant que possible ces écosystèmes de toute intervention humaine et politique.

Exemples de contrats intelligents 

Plusieurs blockchains laissent la possibilité de déployer ces contrats. La plus connue est bien entendue Ethereum, qui comprend déjà un grand nombre d’applications décentralisées programmées via contrats intelligents. Mais d’autres protocoles prometteurs, tels EOS, Tezos, NEO Cardano, Cosmos ou d’autres, rendent également possible la programmation de contrats intelligents. 

Pour l’instant, les contrats intelligents les plus éprouvés sont programmés sur Ethereum.  On en retrouve de plusieurs types selon les secteurs d’activité, comme  :

  • Échanges monétaires décentralisés : 0x, OmiseGo, MakerDAO
  • Jeux sur Blockchain : Cryptokitties, My Crypto Heroes, Etheremon 
  • Gambling : FCK, Playtowin, FunFair
  • Cloud décentralisé : Storj, iEx.ec
  • Plateformes de marchés prédictifs : Augur, Gnosis

Et bien d’autres…

Conclusion

L’économie des contrats intelligents ou ‘smart contracts’ est encore embryonnaire mais semble promise à un très bel avenir. De nombreuses applications décentralisées dans les secteurs de la santé, l’assurance, ou encore les chaînes d’approvisionnement (pharmaceutiques, agro-alimentaires, cosmétiques, etc.) sont actuellement en cours de développement. Les années qui viennent ont de grandes chances de proposer une organisation sensiblement différente de celle d’aujourd’hui, avec les actuelles versions de contrats papiers et d’applications régies par des tiers de confiance. Ce sera une économie dans laquelle les crypto actifs joueront un rôle essentiel.

A propos du rédacteur…

Une passion : l’économie, la finance comportementale et l’émergence des actifs digitaux

Yves a débuté sa carrière dans le métier de la gestion en 1986 ou il a occupé différents postes de gérant de fonds actions et de fonds diversifiés au Crédit Commercial de France puis au sein du groupe Barclays à Paris. En 1998, il a pris la direction de la gestion actions et diversifiée puis de la gestion de la structure française du groupe néerlandais Robeco avant de rejoindre Natixis Asset Management en 2012 en tant que directeur de la Business Unit de gestion actions. Yves quitte Natixis AM en 2018 pour intervenir en indépendant auprès d’investisseurs professionnels et d’entreprises (conseil en levée de capital).

Amateur de sports d’endurance (course à pied et natation), Yves est aussi passionné par les sciences humaines, en particulier l’histoire et l’économie. Mais ce sont les aspects comportementaux des mécanismes économiques et l’analyse comportementale des marchés qui sont pour lui une source constante de réflexion et d’échange. Depuis quelques années, le sujet de la ‘blockchain’ et l’émergence des crypto actifs représentent pour lui un nouveau sujet de passion et d’opportunités.

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

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