);

Tout comprendre sur les ICO, STO et IEO

par | Juin 8, 2020 | 0 commentaires

L’ICO est une innovation financière qui constitue une étape importante dans le processus de transformation déclenché par la blockchain. Elle bouleverse le rapport traditionnel à la propriété. Nous analyserons dans un second temps aussi les STO et IEO.

Cet article s’adresse à des lecteurs ayant déjà acquis un certain niveau de connaissance dans le domaine de la Blockchain et des crypto-monnaies. Si l’article vous paraît indigeste, n’hésitez pas à choisir une autre difficulté dans l’encadré ci-dessous wink

Difficulté de l’article:

Choisir une autre difficulté

1/ Qu’est-ce qu’une ICO ?

A l’image de l’IPO (Initial Public Offering ou mise en Bourse d’actions de sociétés)  sur le marché des actions cotées, une ICO (Initial Coin Offering) correspond à la mise sur le marché primaire d’un jeton numérique (token). Avant même la mise en place du service, le droit d’usage, via le jeton, est donc vendu en avance. Par ce biais, un entrepreneur peut récolter des fonds en cédant par anticipation un droit d‘usage futur.

De ce fait, on peut distinguer 2 types de parties prenantes à ce type d’opération :

  1. Les contributeurs au projet qui sont rémunérés par le jeton émis et les fondateurs du projet qui conservent une part des jetons et qui obtiennent évidement une valorisation de leur ‘entreprise’
  2. Les investisseurs dans le jeton (à la recherche de plus-value) ainsi que les consommateurs (ils cumulent souvent les deux rôles) qui achètent une ‘utilité’ future.

Un financement par le biais d’ICO s’applique intuitivement davantage à l’économie de service, sans que cela soit restrictif. Il faut pourtant noter que l’ICO n’est pas une condition indispensable à la réussite d’un projet Blockchain.Pour l’histoire, la première ICO a eu lieu en  juillet 2013 avec le projet Omni (plateforme ‘open-source’), laquelle a été suivie par l’ICO de 18 millions de dollars du fameux projet Ethereum en 2014.

Quelques chiffres

C’est en 2017 que les ICO ont émergé avec des montants croissants de levée grâce à un enthousiasme tiré par la forte montée du cours de Bitcoin et des autres crypto-monnaies.

En 2017, l’augmentation du nombre d’ICO et des volumes levés a été rapide, partant d’une dizaine de projets représentant 64 millions de dollars en avril pour atteindre 1.5 milliard de dollars répartis sur 197 projets en décembre de cette même année. Selon Coindesk, le succès était tel fin 2017, que pour les projets liés à la blockchain, les montants levés via ICO dépassaient largement les montants levés de façon traditionnelle par le ‘capital risque’ (797 millions de dollars contre 235).                         

Après la forte chute du prix du  Bitcoin au premier semestre 2018, les montants levés au second semestre ont évidemment très nettement chuté avec un montant moyen par opération qui s’est situé à 3,3 millions de dollars. Néanmoins, le nombre d’opérations est resté élevé (voir graphique – source Coindesk- Techcrunch), démontrant le dynamisme du monde de  la blockchain.

EVOLUTION DU NOMBRE D’ICO ET DU VOLUME LEVE MENSUELLEMENT – 2017  2018

Caractéristiques d’une ICO

L’ICO comporte des caractéristiques propres la distinguant des modes de financement classique. 

  • La libre circulation des jetons permet au marché de valoriser directement la fonction d’usage
  • Le financement par ICO permet la levée de moyens financiers à des projets qui n’auraient sans doute pas vu le jour et à des investisseurs d’intervenir sur des dossiers auxquels ils n’auraient pas eu accès. Ainsi, ce type d’opération pousse à l’extrême le principe de Crowdfunding mais via une ‘plateforme’ propre à chaque projet, sans agrégateur et donc sans intervention centralisée   
  • Le financement par ICO en ‘peer-to-peer’ permet la réduction de barrières à l’entrée. L’accès à moindres frais à des infrastructures existantes en ‘open source’ est facteur de compétitivité
  • L’utilisation d’un jeton permet un alignement d’intérêts dans ce nouvel écosystème 
  • Enfin, certaines problématiques existantes dans les modes de financement traditionnels sont évitées (opposition d’intérêt entre actionnaires et porteurs de dettes – voir travaux de Stiglitz et Weiss -1981) bien que d’autres apparaissent, en particulier la possible non convergence d’intérêt entre détenteurs de jetons et utilisateurs – consommateurs de ces mêmes jetons.
  • L’ICO permet de démocratiser l’accès à un placement en capital risque. En plus, l’investisseur dispose de la valeur utilitaire du jeton et peut en profiter en tant qu’utilisateur (early adopter). La barrière entre investisseurs professionnels et particuliers est ainsi supprimée. Mais se posent les questions importantes de choix judicieux des projets, et surtout de protection des épargnants particuliers.
ico

Les limites de l’ICO :

Les opportunités et afflux d’argent sur les opérations d’ICO  qui se sont multipliées  en 2017 ont aussi mis en exergue leurs limites. Les choix de projets par les investisseurs et l’engouement excessif du à l’accélération du prix de tous les crypto actifs ont logiquement fait apparaître les caractéristiques de mécanisme de bulle :

  • La flambée des capitalisations a attiré beaucoup trop de dossiers de financement très (trop) précoces (‘early stage’) et insuffisamment préparés
  • Cette phase a aussi engendré une surévaluation manifeste de beaucoup de projets, et même amenée en financement des ‘histoires’ vides de tout développement sérieux
  • A l’extrême, un certain nombre de fraudes à répétition ont aussi éclaté, et,
  • L’absence de réglementation de ces opérations a engendré de grosses déconvenues

Ces périodes ne durent jamais longtemps, la sélectivité naturelle associée à la chute des cours deviennent à un moment un élément salvateur qui permet d’assainir et de professionnaliser le marché.  

L’identification d’une bonne ICO

Comme beaucoup de fraudes (scams) ont quelque peu terni l’image de la blockchain et des crypto actifs, il convient d’approcher avec sérieux et rationalité l’analyse financière et stratégique d’un projet d’ICO en dépit d’ailleurs du risque et des incertitudes propres à des projets d’entreprises naissantes sur des segments souvent à gros potentiels.

 Voici quelques éléments d’analyse qui combinent à la fois :

 a/ des éléments traditionnels d’analyse d’un projet de start-up comme : 

  • Composition et expérience de l’équipe
  • Business model et marché adressé
  • Compétitivité de la technologie – barrières à l’entrée
  • Environnement concurrentiel          

b/ des éléments spécifiques à une start-up financée par un jeton (token)

  • Analyse du rôle du jeton dans le Business Model
  • Offre initiale du token : gestion de l’offre monétaire, mécanisme de ‘burn’ (destruction potentielle de jetons,…)
  • Séquence des opérations projetées et ‘road-map’
  • Utilisation des fonds levés
  • Visibilité au sein de l’écosystème et des médias spécialisés
  • Constitution et évolution d’une communauté : en effet, une communauté peut soutenir le projet  dans les phases difficiles. La construction d’une communauté autour de l’initiative est assez essentiel. 

2/ Les STO et les IEO

Face aux problématiques des ICO expérimentées parfois durement pendant la phase d’euphorie de fin 2017  et des déconvenues sur les ICO, en particulier en raison de l’absence de réglementation et de statut juridique propre , mais aussi en raison des fiascos et des fraudes sur certains projets datant de cette période (on estime à moins de 10% les projets ‘sérieux’ et solides ayant résistés à la phase de purge de 2018), se développe depuis 2019 la ‘tokénisation’ d’actifs sous forme dite de STO (Security Token Offering)

STO :

De façon très simple, un ‘security token’ est une action digitalisée et échangeable sur une blockchain. L’opération de STO constitue une première étape à une tokénisation à plus grande échelle d’actifs financiers ou immobiliers par exemple (voir article du 31 mars sur la tokénisation d’actifs réels).

L’avantage réside essentiellement dans un arrimage au droit positif plus aisé lorsqu’il s’agit d’un ‘security token’ que lorsqu’il s’agit d’un crypto actif standard ou ‘utility token’ par exemple. En effet, la nature des droits associés à un ‘security’ hors blockchain est bien balisée au niveau juridique. En droit français, il a d’ailleurs été autorisé dès 2018 les échanges ‘peer-to-peer’ de titres financiers (existants) non cotés via blockchain. Ce mécanisme peut donc permettre d’accroître la liquidité des actifs et améliorer l’efficacité opérationnelle du système financier à l’avenir, entre autre grâce à la fluidité des opérations et à la possible et importante réduction des coûts de traitement de toute nature.  

Citons enfin les IEO (Initial Exchange Offering) ou offre d’échange initial  qui se développent depuis quelque temps. Il s’agit en fait d’une variante des offres de tokens ou ICO mais qui sont opérées directement par les plateformes d’échange de crypto monnaies. Une facilitation (mais aussi une certaine centralisation) du mécanisme d’offre et d’information est ainsi apportée.

Conclusion

Après la vague innovatrice et très spéculative des ICO, l’utilisation et le développement des Security Tokens à travers les opérations de STO représentent une étape importante dans la vague de tokénisation des actifs. Grâce à la création de nouveaux droits, modulables et échangeables ‘peer-to peer’, ces nouveaux modèles (programmables) vont permettre l’émergence de nouvelles formes de valeurs et de nouveaux business models.

A propos du redacteur…

Une passion : l’économie, la finance comportementale et l’émergence des actifs digitaux

Yves a débuté sa carrière dans le métier de la gestion en 1986 ou il a occupé différents postes de gérant de fonds actions et de fonds diversifiés au Crédit Commercial de France puis au sein du groupe Barclays à Paris. En 1998, il a pris la direction de la gestion actions et diversifiée puis de la gestion de la structure française du groupe néerlandais Robeco avant de rejoindre Natixis Asset Management en 2012 en tant que directeur de la Business Unit de gestion actions. Yves quitte Natixis AM en 2018 pour intervenir en indépendant auprès d’investisseurs professionnels et d’entreprises (conseil en levée de capital).

Amateur de sports d’endurance (course à pied et natation), Yves est aussi passionné par les sciences humaines, en particulier l’histoire et l’économie. Mais ce sont les aspects comportementaux des mécanismes économiques et l’analyse comportementale des marchés qui sont pour lui une source constante de réflexion et d’échange. Depuis quelques années, le sujet de la ‘blockchain’ et l’émergence des crypto actifs représentent pour lui un nouveau sujet de passion et d’opportunités.

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

Blockchains publiques, permissionnées et privées

Au-delà du registre distribué et décentralisé ouvert à tous (blockchain publique), il existe des blockchains ou les droits pour devenir membre du réseau varient d’un utilisateur à l’autre (blockchain privée et permissionnée ).

Les Utility Tokens au sein des crypto-actifs : recherche de classification

Au sein des crypto-actifs, les Utility Tokens tiennent une place particulière. Cet article est l’occasion d’établir une classification de ces nouveaux actifs ‘clés’ pour le monde de la blockchain, et de les comparer selon différents critères.

Share This