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Les Utility Tokens au sein des crypto-actifs : recherche de classification

par | Mai 25, 2020 | 0 commentaires

Au sein des crypto-actifs, les Utility Tokens tiennent une place particulière. Cet article est l’occasion d’établir une classification de ces nouveaux actifs ‘clés’ pour le monde de la blockchain, et de les comparer selon différents critères.

Cet article s’adresse à des lecteurs ayant déjà acquis un certain niveau de connaissance dans le domaine de la Blockchain et des crypto-monnaies. Si l’article vous paraît indigeste, n’hésitez pas à choisir une autre difficulté dans l’encadré ci-dessous wink

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Introduction

Les Utility Tokens (ou jetons numériques d’utilité) n’ont pas pour objectif de constituer une monnaie à proprement parler (réserve de valeur ou moyen de paiement) comme c’est le cas pour un certain nombre de crypto monnaies, mais de permettre l’accès à un service ou à un produit.

De façon simplifiée, on peut comparer les crypto actifs,

1/ soit à une pièce de monnaie digitale d’un système monétaire alternatif (digital coin ou crypto-monnaie)

2/ soit à un jeton d’une forme particulière permettant d’accéder à un droit d’usage  (token associé à un droit spécifique) ou financier (dividende par exemple).Il s’agit dans ce cas d’un utility token.

Parmi ces catégories, les crypto-actifs revêtent des réalités multiples, dépendants de différents paramètres. Ainsi, il m’est apparu important de construire un cadre d’analyse et de classification permettant d’éclaircir la vision de ce nouvel univers de valeurs. Celui-ci peut être décliné sur la base de critères technique, stratégique, financier et juridique.

A/ – Origine

Il s’agit de segmenter par l’identification des acteurs qui émettent les tokens dans l’éco système :

  • L’émetteur peut être unique, ce qui est généralement le cas pour la plupart des utility tokens. Ceux-ci sont créés une fois par l’entreprise initiatrice et mis en vente via une ICO par exemple (Initial Coin Offering) 
  • L’émetteur peut être décentralisé, c’est-à-dire que n’importe quel membre du réseau participant au processus de création monétaire se trouve à l’origine de la création des tokens (crypto monnaies en l’occurrence).L’exemple le plus connu est celui de Bitcoin avec son processus de minage ‘proof of work’ (preuve de travail) qui place le mineur au centre de l’origine de chaque ‘coin’ créée et le rémunère en conséquence.
  • L’émetteur est multiple (groupe d’émetteurs) dans le cas d’un comité de nodes (nœud d’émetteurs) pour une blockchain permissionnée par exemple (lire notre article publié le 31/03/2020)

     B/- Usage

    Il s’agit de distinguer les crypto-actifs par l’objectif et l’usage qu’ils poursuivent.

    • usage monétaire (crypto monnaie), pour remplir les fonctions d’une monnaie, soient les fonctions de paiement, d’unité de compte et de réserve de valeur
    • usage financier (security tokens) lorsque les tokens représentent un actif financier
    • usage utilitaire (utility tokens) : dans ce cas, le token est le moyen d’accéder à un service ou à un produit bien spécifique. Il peut aussi s’agir de rémunérer des incitations
    • usage hybride entre l’usage monétaire et utilitaire pour le fonctionnement de blockchains auxquelles sont associées une crypto monnaie (exemples de Ethereum, Tezos, NEO, EOS,…). Cela correspond à la faculté de développement d’applications dédiées dans le cadre d’infrastructures ‘nourries’ par ces tokens spécifiques

    C/ Offre

    L’offre correspond au nombre d’unités qui seront créées par les participants agréés. Il peut s’agir :

    • d’une offre fixe : c’est généralement le cas lors d’ICO ou l’ensemble de l’offre de jetons (tokens ou coins) dite ‘total supply’ est inscrite dans le whitepaper.Tout cela est auditable dans la blockchain.
    • d’une offre limitée (déflationniste) comme pour Bitcoin ou le nombre total d’unités à émettre est connu (21 millions) selon une courbe de création monétaire progressive grâce au mécanisme de minage
    • d’une offre illimitée : il s’agit de la tokenisation dédiée à un service ou à un bien de consommation par exemple et pour lequel il est nécessaire que le processus soit continu et ‘sans limite’ (offre inflationniste)

    D/-Décentralisation et Technologie

    Décentralisation : le degré de centralisation/ décentralisation est variable selon les projets qui peuvent être :

    • Centralisés : dans le cadre d’une blockchain dédiée à un service/produit au sein d’une entreprise, le fonctionnement sera similaire à celui d’un fonctionnement traditionnel (centralisé) mais le ‘carburant monétaire’ sera des jetons numériques (tokens) au lieu d’être de la monnaie standard.
    • Semi-centralisés : dans ce cas, l’utilisation est soumise à quelques nœuds, comme dans le cas de blockchains permissionnées
    • Décentralisés : une fois le token émis, il circule librement en ‘peer- to- peer’ sans intervention d’une entité centrale
    • Concernant l’aspect technologique qui se combine à l’aspect ‘dé/centralisation’, on peut distinguer :
    • Les tokens natifs qui sont implémentés au niveau du protocole de la blockchain et font partie du mécanisme de consensus (crypto-monnaies ou ‘chain producers’ du type Ether sur la plateforme Ethereum)
    • Les tokens de protocole non natifs implémentés dans un protocole économique reposant sur une infrastructure blockchain (ceci est le cas pour la plupart des Chain producers)
    • Les DApps tokens ; il s’agit de tokens permettant d’accéder à une application. Il sont implémentés sur le niveau applicatif reposant sur l’infrastructure d’une blockchain 
    • ( en tant que Chain producer, la plateforme Ethereum accueille des projets fonctionnant avec leurs propres tokens en norme ERC-20). C’est aussi le cas pour la plupart des security tokens.

    E/-Droits associés

    Ceux-ci diffèrent en fonction des utilisations. On peut distinguer :

    Le vote et la propriété : ces droits sont généralement associés au security token

    • L’usage : ce droit est lié à l’utilisation d’un service/ produit ou du réseau. Il correspond pleinement aux possibilités de l’utility token
    • Le travail : il s’agit ici du droit à contribuer au réseau. Il nécessite la possession du token. Il permet la rémunération en crypto-actifs / tokens (exemple du processus de validation dit ‘preuve d’enjeu’ ou ‘proof of stake’ qui nécessite l’existence d’un compte séquestre pour pouvoir participer au processus via le calcul de son poids en tokens dans l’algorithme de validation)
    • Les droits hybrides ou multiples : dans certains protocoles, le token peut à la fois donner un ‘droit au travail’, à l’utilisation et à la propriété (Ether, Dash, Cardano)

    F/-Enfin, il est aussi intéressant de mentionner la notion de ‘durée de vie’ des tokens car ceux-ci peuvent être :

    • A utilisation unique, lorsque, après utilisation, il est détruit (‘brûlé’ selon la terminologie consacrée) – exemple d’un token représentant un ticket pour un évènement (sportif ou spectacle par exemple…)
    • A utilisation permanente ou le token(utility) n’a pas vocation à disparaître après utilisation. C’est clairement le cas de beaucoup de tokens appelés abusivement ‘crypto monnaies’
    • A utilisation multiple dans le cas ou le token est ‘brulé’ après un certain nombre d’utilisations.  

    Exemples d’Utility Token

    Le nombre de cas d’usage d’Utility Tokens commencent à vraiment se développer. Parmi certains cas connus, citons par exemple :

    • Le Binance Coin (BNB) qui représente la crypto monnaie ou jeton de la plateforme d’échange Binance (à ce titre, il dispose d’une valeur spéculative ou de réserve) mais en tant que jeton d’utilité, BNB permet d’obtenir des réductions de commissions de transactions sur la plateforme ou des gains liés aux parrainages.
    • De son côté, le jeton iExec (RLC) a pour vocation de fournir des services et de la capacité informatique dans le Cloud computing.

    Conclusion

    En guise de conclusion, résumons la classification présentée dans cet article qui distingue :

    • les crypto monnaies ‘stricto sensu’ assimilables à des monnaies digitales ou ‘digital coins’ (exemple Bitcoin)
    • les security tokens qui sont comparables à des actifs financiers sous forme digitale
    • les jetons d’utilité (utility tokens) qui peuvent être comparés pour partie à des actifs financiers digitaux mais qui sont à la source, porteurs d’une valeur utilitaire sur un service ou un produit
    •  D’autres éléments caractéristiques tels que :
    • l’émetteur d’origine
    • la profondeur de l’offre,
    • le niveau de décentralisation
    • la nature technologique
    • les droits qui sont associés
    • et la durée de vie du jeton  qui sont autant de paramètres cruciaux dans la définition de ces crypto actifs.

    A propos du redacteur…

    Une passion : l’économie, la finance comportementale et l’émergence des actifs digitaux

    Yves a débuté sa carrière dans le métier de la gestion en 1986 ou il a occupé différents postes de gérant de fonds actions et de fonds diversifiés au Crédit Commercial de France puis au sein du groupe Barclays à Paris. En 1998, il a pris la direction de la gestion actions et diversifiée puis de la gestion de la structure française du groupe néerlandais Robeco avant de rejoindre Natixis Asset Management en 2012 en tant que directeur de la Business Unit de gestion actions. Yves quitte Natixis AM en 2018 pour intervenir en indépendant auprès d’investisseurs professionnels et d’entreprises (conseil en levée de capital).

    Amateur de sports d’endurance (course à pied et natation), Yves est aussi passionné par les sciences humaines, en particulier l’histoire et l’économie. Mais ce sont les aspects comportementaux des mécanismes économiques et l’analyse comportementale des marchés qui sont pour lui une source constante de réflexion et d’échange. Depuis quelques années, le sujet de la ‘blockchain’ et l’émergence des crypto actifs représentent pour lui un nouveau sujet de passion et d’opportunités.

    Yves Maillot

    Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

    Yves Maillot

    Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

    Blockchains publiques, permissionnées et privées

    Au-delà du registre distribué et décentralisé ouvert à tous (blockchain publique), il existe des blockchains ou les droits pour devenir membre du réseau varient d’un utilisateur à l’autre (blockchain privée et permissionnée ).

    Les Utility Tokens au sein des crypto-actifs : recherche de classification

    Au sein des crypto-actifs, les Utility Tokens tiennent une place particulière. Cet article est l’occasion d’établir une classification de ces nouveaux actifs ‘clés’ pour le monde de la blockchain, et de les comparer selon différents critères.

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