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Les paradoxes de l’idéologie de la blockchain

par | Mar 6, 2020 | 0 commentaires

Les principes fondateurs de la blockchain amènent à une vraie rupture dans le fonctionnement des systèmes dans lesquels elle s’installe. Il n’en demeure pas moins que des paradoxes apparaissent dans ses principes.

Cet article s’adresse à des lecteurs ayant déjà acquis un certain niveau de connaissance dans le domaine de la Blockchain et des crypto-monnaies. Si l’article vous paraît indigeste, n’hésitez pas à choisir une autre difficulté dans l’encadré ci-dessous wink

Difficulté de l’article:

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A la suite de la crise financière de 2008, la communauté à la source de la philosophie qui a imaginé et construit la blockchain est qualifiée de crypto-anarchiste ou crypto libertarienne. Elle a décidé d’utiliser la cryptographie (dans le cyberespace) pour échapper au contrôle et à la maitrise des autorités et gouvernements Ainsi a été construit un monde sans frontières, délivré des différences qualitatives du monde réel, des territoires, des lois positives et de la surveillance des puissances publiques. Mais des paradoxes émergent de cette philosophie sous-jacente.

Rupture et 1er paradoxe : Refus de surveillance face à la nécessité de transparence

Refus de surveillance – Que la technologie blockchain permette de se soustraire au contrôle de l’Etat n’implique aucunement l’opacité totale du système.  En effet, la blockchain repose sur un registre (base de données) distribué, c’est-à-dire un réseau de machines (ou nœuds) dans lequel chaque transaction est rattachée à un bloc. Chaque bloc est rattaché à la blockchain dont l’intégralité est publique, c’est-à-dire  transparente.

D’un point de vue concret, cela signifie que pour devenir ‘mineur’ et participer au processus propre aux nœuds, à savoir l’activité de minage, il est nécessaire de détenir une copie exhaustive de la blockchain sur laquelle l’intégralité des transactions est littéralement gravée dans le ‘marbre’ et donc ouverte et accessible à tous. La blockchain permet donc d’établir une traçabilité totale et de conserver l’intégralité de l’historique des transactions effectuées.

La finalité de la cryptographie n’est donc pas de dissimuler l’existence des transactions mais de garantir leur authenticité et la permanence des données.

Ainsi se révèle un paradoxe qui structure pourtant le processus de la blockchain, fondée sur une philosophie du secret selon laquelle  la cryptographie et les algorithmes permettent d’échapper à la surveillance. Face à cette philosophie, l’idéologie moderne de la transparence et de la traçabilité serait en même temps nécessaire pour éviter une forme de domination de l’opacité. En effet, avec la blockchain, nous avons un système fiable et traçable d’informations à l’intérieur duquel il est non seulement impossible d’effacer une transaction antérieure, mais en plus, toute erreur se propageant sur la chaîne est aussitôt repérable.

 

2ème paradoxe : ‘Privacy’ ou espace secret contre données contrôlées du cyberespace – Sacralisation ou refus de la liberté de choix

Il est nécessaire de préciser que le secret correspond à un lieu ou à quelque chose qui est séparé du reste  Il s’agit d’une spatialité soustraite au regard habituel. De là provient un paradoxe qui tient à la nature de la cipherspace (espace crypté de la blockchain) qui est jugé supérieur qualitativement et donc préférable au cyberespace classique (ou ensemble de données numérisées qui constitue un univers d’informations lié à l’interconnexion globale des ordinateurs).

Le paradoxe consiste par conséquent à remarquer que la blockchain qui vise à se soustraire aux contrôles réglementaires, se conjugue à une exacerbation de l’idéologie de la transparence. Cet axe qui constitue la base philosophique (crypto-libertarienne) de la blockchain génère ainsi une difficulté logique, à savoir que le caractère de la dissimulation (secret) comme condition d’exercice de la liberté anéantit simultanément la liberté de choix.  

En somme, l’on doit se poser la question de savoir si cela à un sens de créer un cadre propice à l’exercice de la liberté individuelle à partir d’une origine qui la nie intrinsèquement.

 

3ème paradoxe : Liberté de la volonté contre liberté de l’anonymat

Dans l’espace secret que nous venons d’évoquer (cipherspace), la liberté n’est pas définie par l’exercice souverain de la volonté personnelle mais est d’abord appréhendée de manière négative comme le fait de ne pas être contrôlé ou , de ne pas être observé par une autorité transcendante. Il découle de cela que la liberté s’identifie à l’anonymat, donc à la dilution de l’identité de l’individu. Dès lors, l’idée d’imputation s’effondre, je suis libre du fait même que l’on ne peut pas m’imputer réellement telle ou telle parole ou tel ou tel acte dont la teneur est indécodable puisqu’elle est chiffrée.  

 

 Enfin, une autre contrainte s’exerce en permanence dans le cipherspace : la contrainte du temps. La création de l’espace secret s’accompagne d’une assomption du temps comme pilier substantiel de la limitation de la volonté de tous. Grâce à la traçabilité et l’audibilité qui caractérise la blockchain, le passé est conservé et cristallisé avec la certitude qu’il ne sera ni oublié, ni modifié grâce aux méthodes des ‘preuve de travail’ (POW) ou de consensus (POS) qui rendent impossible toute modification de l’historique.

Le passé est donc intégralement disponible, ce qui constitue un changement et une contrainte majeure à l’égard des volontés individuelles car celles-ci ne peuvent ni le taire, ni le modifier, ni même l’oublier.

A propos du redacteur…

Une passion : l’économie, la finance comportementale et l’émergence des actifs digitaux

Yves a débuté sa carrière dans le métier de la gestion en 1986 ou il a occupé différents postes de gérant de fonds actions et de fonds diversifiés au Crédit Commercial de France puis au sein du groupe Barclays à Paris. En 1998, il a pris la direction de la gestion actions et diversifiée puis de la gestion de la structure française du groupe néerlandais Robeco avant de rejoindre Natixis Asset Management en 2012 en tant que directeur de la Business Unit de gestion actions. Yves quitte Natixis AM en 2018 pour intervenir en indépendant auprès d’investisseurs professionnels et d’entreprises (conseil en levée de capital).

Amateur de sports d’endurance (course à pied et natation), Yves est aussi passionné par les sciences humaines, en particulier l’histoire et l’économie. Mais ce sont les aspects comportementaux des mécanismes économiques et l’analyse comportementale des marchés qui sont pour lui une source constante de réflexion et d’échange. Depuis quelques années, le sujet de la ‘blockchain’ et l’émergence des crypto actifs représentent pour lui un nouveau sujet de passion et d’opportunités.

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

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