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Les conséquences de l’arrivée de la Blockchain pour le secteur des services financiers

par | Jan 17, 2020 | 0 commentaires

Cet article s’adresse à des lecteurs ayant déjà acquis un certain niveau de connaissance dans le domaine de la Blockchain et des crypto-monnaies. Si l’article vous paraît indigeste, n’hésitez pas à choisir une autre difficulté dans l’encadré ci-dessous wink

Difficulté de l’article:

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La blockchain est déjà une réalité dans plusieurs secteurs de l’économie. Voyons ses conséquences actuelles et futures dans le secteur des services financiers, en particulier sur la monnaie, le crédit et les assurances.

En reprenant les thèmes évoqués par Don et Alex Tapscott dans ‘Blockchain Revolution’ ( Portfolio Penguin 2016)  et les éléments fondamentaux qui caractérisent la blockchain, nous pouvons énumérer huit groupes de fonctions majeures (les Golden 8)  et ‘d’acteurs- parties prenantes’ qui vont être radicalement transformées par la mise en place de blockchains au sein des différents services financiers :

  1. Authentification :   Elle est assurée et sécurisée par le système cryptographique

Les parties prenantes et métiers impliqués sont les agences de notation, les producteurs et utilisateurs d’analyses de données – consommateurs, les fonctions marketing, la banque de détail et l’activité de banque commerciale en général, les réseaux de cartes de paiement, les régulateurs.

  1. Circulation de la monnaie et transactions bancaires : La blockchain optimise les paiements et les transferts d’argent. Ceux-ci vont voir leurs coûts ainsi que la vitesse de leur exécution se réduire fortement grâce à la suppression des intermédiaires actuels.

Les parties prenantes et acteurs impliqués sont donc principalement les banques de détail et la banque commerciale, les réseaux de cartes de paiement ainsi que tous les systèmes de paiement électronique actuels, les télécoms et le régulateur.

  1. Enregistrement et réserve de valeur : Les devises, les actifs réels (matières premières, métaux précieux, immobilier), les actifs financiers (dont les valeurs mobilières, les fonds monétaires, les bons du Trésor et les différents comptes-épargne ainsi que les comptes courants) sont tous des réserves de valeur. La combinaison d’une sécurisation des paiements avec une nouvelle forme de réserve de valeur (cryptographique) va réduire les besoins en services financiers traditionnels. Les comptes courants et l’épargne bancaire vont devenir obsolètes. 

Bien évidemment, les parties prenantes sont les banques commerciales et de détail, les brokers et courtiers, la banque d’investissement, la gestion d’actifs, le secteur des télécoms et les régulateurs.

  1. Activité de crédit : Les cartes de crédit, les prêts hypothécaires et immobiliers, la dette privée et les obligations municipales (aux USA), la dette d’Etat ou des grands émetteurs publics (en Europe), les ABS et toutes les autres formes de crédit vont subir l’impact de la blockchain qui peut permettre d’émettre, traiter et assurer le règlement de ces opérations plus efficacement tout en réduisant le risque systémique (grâce à la transparence). L’accès au crédit va être facilité, en particulier au bénéfice des consommateurs, des entrepreneurs et de l’ensemble des citoyens et acteurs qui ont un accès aujourd’hui difficile (ou impossible) aux services bancaires.

Les parties prenantes sont de nouveaux les banques commerciales et de détail mais aussi les émetteurs publics et les États souverains ainsi que les agences de notation (dette publique et privée) et de scoring de crédit, les plateformes de financement participatif, le micro crédit et les régulateurs.

  1. Transactions financières : La spéculation, la couverture et l’arbitrage, le débouclage des ordres et la réconciliation des opérations, la gestion des collatéraux et leur valorisation, le règlement des opérations   et la fonction de dépositaire sont notoirement bouleversés par la blockchain en réduisant les temps de traitement de plusieurs jours à quelques minutes, voire secondes. Cette rapidité et efficacité de traitement vont également produire des opportunités pour les acteurs aujourd’hui ‘sous – bancarisés’ ou ‘non – bancarisés’ pour participer à de la création de valeur.

Le secteur de l’investissement et des banques dans son ensemble, les traders sur devises, les hedge funds, les fonds de pension, le brokerage, les banques de clearings et dépositaires, l’ensemble des bourses et marchés de valeurs au comptant mais aussi de dérivés et de matières premières, les banques centrales et les régulateurs seront parties prenantes du bouleversement apporté à ces activités par la blockchain.

  1. Financement et investissement dans les sociétés et autres types d’actifs : La levée de capital, le versement des dividendes, des coupons obligataires et de toutes les formes de revenus de rentes vont aussi se voir améliorés par un nouveau modèle ‘peer – to -peer’ plus efficace, permettant l’enregistrement automatique d’opérations sur titres, de versement de revenus de toutes sortes à travers le développement de ‘smart contracts’. 

Les parties prenantes sont aussi représentées par le monde des banques d’investissement, les bourses de valeurs, le capital – risque, les acteurs du marché immobilier, de l’audit et du juridique financier, du crowdfunding et des régulateurs.

  1. Activité d’assurance et de gestion des risques : La protection des actifs et des biens, l’assurance dommages – santé et vie, les différentes activités d’assurances en général, sont aussi concernées par cette mutation grâce à la transparence ‘réputationnelle’ procurée par la blockchain. En effet, les assureurs vont mieux estimer les risques actuariels et de ce fait développer un marché décentralisé du prix des assurances.

Outre les compagnies d’assurances, les courtiers mais également les risk-managers, les banquiers- assureurs et les régulateurs sont les principales parties prenantes.

  1. Comptabilité : Une nouvelle gouvernance est induite par la décentralisation blockchain. En effet, le registre ouvert à tous va permettre un travail d’audit et de reporting financier en temps réel, donc réactif et transparent, et va considérablement augmenter la capacité des régulateurs à observer et contrôler les opérations au sein de chaque société ou entité. 

Les parties prenantes concernées regroupent autorités régulatrices et de contrôle, auditeurs, gérants d’actifs.

Le point essentiel de la blockchain porte  sur la rupture de logique engendrée par son intégration en substitution de mécanismes centralisés, mécanismes jusqu’à maintenant omniprésents dans l’ensemble des systèmes qui régissent la vie économique (activité bancaire et financières, assurances, immobilier et prestations notariales, commerce de biens, activités de ventes de service, etc…). Le point commun au fonctionnement de tous ces systèmes repose sur la présence d’une tierce partie de confiance qui joue le rôle de centralisateur et de garant de la sécurité et de la réglementation. A contrario, à travers un protocole informatique construit autour d’un cryptage totalement sécurisé, la blockchain construit un système de confiance qui ne connaît aucun précédent. Les changements apportés par ce nouveau mode de fonctionnement, plus efficient parce que plus sécurisé, plus fluide et sans intermédiaires, vont  générer dans nos vies quotidiennes un bouleversement au moins aussi radical que celui de l’émergence d’internet il y a vingt ans. La blockchain permet l’exécution de  transactions de confiance (directes donc sans intermédiaires) entre deux ou plusieurs parties, authentifiées par l’intervention collaborative de tous les participants et générées grâce aux interventions individuelles (rémunérées en conséquence) de toute la collectivité des acteurs. Comme nous venons de le décrire, le secteur des services financiers va lui aussi être très largement impacté par son arrivée.

A propos du redacteur…

Une passion : l’économie, la finance comportementale et l’émergence des actifs digitaux

Yves a débuté sa carrière dans le métier de la gestion en 1986 ou il a occupé différents postes de gérant de fonds actions et de fonds diversifiés au Crédit Commercial de France puis au sein du groupe Barclays à Paris. En 1998, il a pris la direction de la gestion actions et diversifiée puis de la gestion de la structure française du groupe néerlandais Robeco avant de rejoindre Natixis Asset Management en 2012 en tant que directeur de la Business Unit de gestion actions. Yves quitte Natixis AM en 2018 pour intervenir en indépendant auprès d’investisseurs professionnels et d’entreprises (conseil en levée de capital).

Amateur de sports d’endurance (course à pied et natation), Yves est aussi passionné par les sciences humaines, en particulier l’histoire et l’économie. Mais ce sont les aspects comportementaux des mécanismes économiques et l’analyse comportementale des marchés qui sont pour lui une source constante de réflexion et d’échange. Depuis quelques années, le sujet de la ‘blockchain’ et l’émergence des crypto actifs représentent pour lui un nouveau sujet de passion et d’opportunités.

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

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