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L’existence du Bitcoin peut-elle être mise en danger à cause d’un Fork? Quelques pistes de réflexion.

par | Déc 6, 2019 | 0 commentaires

Cet article s’adresse à des lecteurs ayant déjà acquis un certain niveau de connaissance dans le domaine de la Blockchain et des crypto-monnaies. Si l’article vous paraît indigeste, n’hésitez pas à choisir une autre difficulté dans l’encadré ci-dessous wink

Difficulté de l’article:

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Qu’est-ce qu’un ‘Fork’ ?

Un  « Fork » est une divergence de la première version du protocole d’une chaîne de blocs (blockchain). Les « Forks » sont liés au fait que différentes parties doivent utiliser des règles communes pour valider les blocs dans une blockchain.

A quoi çà sert ?

Si vous souhaitez créer votre propre crypto monnaie, une solution possible est de lancer une « Hard Fork» à partir d’une blockchain existante. Par ailleurs, un « Hard Fork » est souvent  le seul moyen de concilier des avis opposés au sein d’une communauté sur une blockchain. Les ‘Forks’ peuvent se produire pour plusieurs raisons:

Des raisons intentionnelles

1/ Changement des règles du protocole régissant la blockchain :   la plus fréquente  des raisons provient de la modification intentionnelle du code source afin de l’améliorer ou de le faire évoluer. Autrement dit, lorsque l’on souhaite changer les règles du protocole d’une blockchain, comme par exemple, la taille maximale de blocs, la mise à jour des règles de sécurité, ou lorsque l’on souhaite créer un nouveau crypto actif sur la base d’un ancien l’on doit mettre en œuvre un ‘Fork’ afin de constituer une nouvelle branche.

2/ Division d’une blockchain en 2 blockchains :   il peut aussi arriver qu’un nouveau bloc soit généré par un « mineur mal intentionné »; dans ce cas, le consensus devra statuer que le bloc « n’est pas valide ». En conséquence, ce ‘ « bloc orphelin » sera assez rapidement abandonné par les autres mineurs, et constituera un ‘Fork’.

Raisons accidentelles:

3/ il peut aussi s’agir d’une situation ou au moins 2 blocs ont le même numéro de bloc

Quelques exemples : 

Typologie des Forks

Il y a deux  principaux types de Forks, auxquels on peut  rajouter les « Codebase Forks ». Voyons à quoi cela correspond:

Hard Fork

Les « Hard Forks » sont   intentionnels et se produisent lorsqu’il y a une importante divergence d’opinion au sein de la communauté qui a construit et entretenu une blockchain. Alors, une ou plusieurs parties se séparent. Le groupe qui se trouve être opposé  aux règles de la blockchain d’origine organise une nouvelle version de la blockchain. Les membres de la communauté qui adhère à ce « Fork » vont réaliser un « upgrade » (mise à jour) de leur système informatique pour basculer sur cette nouvelle branche et abandonner l’ancienne. Les « nœuds » qui continuent à fonctionner avec l’ancienne blockchain ne seront pas acceptés par la nouvelle. Mais ils pourront continuer à faire travailler leur système avec la blockchain d’origine. Il y a aura alors une compétition entre les 2 blockchains ou alors tous les « nœuds » du réseau  accepteront par consensus d’utiliser la nouvelle version et se conformeront à ce nouveau protocole.

En détaillant un peu plus le concept, on peut affiner et distinguer  3 types différents de « Hard Forks » :

(1) Hard Fork en contentieux : le désaccord est important dans la communauté, ce qui provoque la constitution d’une nouvelle blockchain, amenant à des modifications importantes du code.

(2) Hard Fork programmé : dans ce cas, « l’upgrade » ou la mise à jour est annoncée, ce qui permet aux utilisateurs de trouver le temps de se préparer. Cela implique donc, comme dit précédemment, que les utilisateurs abandonnent l’ancienne version du protocole.

(3) Spin Off : aux deux cas précédents, on peut  ajouter le cas spécifique de « Spin off Coins » qui correspond à une  modification  partagée du code (comme par exemple pour Bitcoin avec la création de Litecoin qui  avait comme objectif de permettre  de ramener le temps de minage de 10 minutes à 2.5 minutes et d’augmenter l’offre de 21 millions (Bitcoin) à 84 millions. En fait, Litecoin fonctionne avec les mêmes logiciels d’exploitation de minage que Bitcoin après modification du code). 

De ce fait, on peut visualiser les  « Forks » sur une blockchain comme un  « arbre » sur lequel les « Hard Forks » successifs ressemblent à autant de nouvelles branches (voir la carte des Forks Bitcoin en fin d’article).

Soft Fork

Comme pour un “Hard Fork”, un “Soft Fork” entraîne deux versions d’une blockchain. Cependant, contrairement à un “Hard Fork”, les utilisateurs peuvent continuer à travailler sur la “vieille version” et continuer à faire partie du même réseau avec ceux qui ont réalisés  “l’upgrade” (ou la mise à jour) de la nouvelle version.

Codebase Forks

C’est un terme de développement de logiciel. Quand un développeur travaille sur le code source d’une application pour développer (ou créer) une version distincte du logiciel, la nouvelle version s’appelle « code base Fork ».

C’est finalement la décision de l’utilisateur de savoir s’il souhaite ou pas réaliser un “upgrade”. Les développeurs ne peuvent pas forcer les modifications, mais simplement les suggérer et les utilisateurs décident s’ils les adoptent ou pas. Sur la blockchain, le sort du “codebase Forks” est entre les mains des utilisateurs. En résumé, le « Codebase Forks » permet aux développeurs de réaliser des modifications sans avoir à développer le code sur l’intégralité de la blockchain.

Les  principaux  Forks sur Bitcoin

Bitcoin, la crypto monnaie pionnière, a connu un certain nombre de Forks (Hard et Soft). Sur la base de la blockchain d’origine (« Bitcoin Core ») introduite par  Satoshi Nakamoto, des développeurs ont réalisé des changements à ce protocole d’origine.  Les « Forks » suivants se sont produits sur le Bitcoin « Core »:

  1. Bitcoin XT: Aout 2015
  2. Bitcoin Clashic: Février 2016
  3. Bitcoin Unlimited: Mai 2017
  4. Bitcoin ABC : Il s’agit d’un Codebase Fork intentionnellement incompatible avec toutes les itérations du Bitcoin original. ABC a ensuite donné naissance à Bitcoin Cash en 2017.
  5. Bitcoin Cash: (Août 2017) a eu comme objectif l’augmentation du nombre de transactions par seconde avec une taille de bloc supérieur.
  6. Bitcoin Gold et Bitcoin Diamond: (Octobre 2017) Algorithme de minage alternatif qui permet aux utilisateurs de miner à un prix inférieur.
  7. Bitcoin SV :  Fork de Bitcoin Cash. Taille de bloc plus élevée que pour Bitcoin Cash.
  8. SegWit2x (BTC1):  des développeurs ont proposé un protocole Hard Fork nommé SegWit2x visant à convaincre tous les utilisateurs du protocole Bitcoin. Le projet a échoué.

Conclusion – Quels sont les impacts des Forks sur Bitcoin ?

Quand un Hard Fork a lieu, les détenteurs d’une quantité de la monnaie d’origine reçoivent des jetons du nouveau protocole mais conservent aussi les anciens. Par exemple au moment du Fork de Bitcoin Cash, un détenteur d’1 Bitcoin a, au moment du Fork, à la fois conservé son Bitcoin mais aussi reçu 1 Bitcoin Cash.

En cas de désaccord de la communauté, les investisseurs et les mineurs vont être divisés entre les 2 projets  et détenir séparément les 2 jetons. On peut considérer que les Forks successifs sur Bitcoin auraient dû affaiblir le protocole initial en raison d’un effet de dispersion de la capitalisation sur les différents projets. Mais en réalité, malgré ces tentatives d’évolutions technologiques, l’effet a été très dilué car les Forks ne représentent qu’à peine 5% de l’ensemble de l’arborescence Bitcoin pour moins de 3.5% de sa capitalisation (voir graphiques).

Bitcoin en ressort renforcé. Et si l’on peut encore supposer qu’un futur Fork réussisse une emprise technologique sur Bitcoin, celui-ci reste pour l’instant vainqueur en raison de son historique, de sa forte communauté, de sa visibilité et de sa sécurité procurés par le nombre élevé de mineurs. Les Forks représentent de potentielles mutations qui permettent le développement de cette technologie en pleine évolution. Elles révèlent en fait la vitalité de la technologie blockchain.  

A propos du redacteur…

Une passion : l’économie, la finance comportementale et l’émergence des actifs digitaux

Yves a débuté sa carrière dans le métier de la gestion en 1986 ou il a occupé différents postes de gérant de fonds actions et de fonds diversifiés au Crédit Commercial de France puis au sein du groupe Barclays à Paris. En 1998, il a pris la direction de la gestion actions et diversifiée puis de la gestion de la structure française du groupe néerlandais Robeco avant de rejoindre Natixis Asset Management en 2012 en tant que directeur de la Business Unit de gestion actions. Yves quitte Natixis AM en 2018 pour intervenir en indépendant auprès d’investisseurs professionnels et d’entreprises (conseil en levée de capital).

Amateur de sports d’endurance (course à pied et natation), Yves est aussi passionné par les sciences humaines, en particulier l’histoire et l’économie. Mais ce sont les aspects comportementaux des mécanismes économiques et l’analyse comportementale des marchés qui sont pour lui une source constante de réflexion et d’échange. Depuis quelques années, le sujet de la ‘blockchain’ et l’émergence des crypto actifs représentent pour lui un nouveau sujet de passion et d’opportunités.

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

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