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Interdiction du minage de Bitcoin en Chine ?

par | Nov 7, 2019 | 0 commentaires

Cet article s’adresse à des lecteurs ayant déjà acquis un certain niveau de connaissance dans le domaine de la Blockchain et des crypto-monnaies. Si l’article vous paraît indigeste, n’hésitez pas à choisir une autre difficulté dans l’encadré ci-dessous wink

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Voyons d’abord comment ont récemment évolué les réglementations concernant l’utilisation des crypto actifs en Chine avant de commenter le cas spécifique de l’activité de minage de bitcoins dans ce pays. En effet, des rumeurs d’interdiction de cette activité reviennent régulièrement, mais simultanément, en 2020, la Chine devrait  être le premier grand pays à lancer sa propre devise numérique. 

Légalité du Bitcoin dans le monde

Le statut du Bitcoin et des autres crypto-actifs est différent suivant les juridictions et il est même souvent indéfini dans beaucoup de pays.  

Alors que certains pays en ont explicitement autorisé l’usage et l’utilisation en tant qu’actif, certaines nations en ont restreint l’usage voire même l’ont interdit.

 

Légalité du Bitcoin dans le monde

En vert : autorisation
En rouge : interdiction partielle ou totale
En mauve (Russie) : cas particulier de restrictions juridiques mais autorisation explicite
En jaune (dont la Chine et l’Inde): restrictions

Le cas chinois : évolution de la réglementation

En Chine, les institutions financières ne sont pas officiellement autorisées à faciliter les transactions en bitcoins. La réglementation interdit les sociétés financières à en détenir et ‘trader’ des crypto monnaies.

Le 5 décembre 2013,  la People’s Bank of China (PBOC) a réglementé bitcoin en interdisant aux institutions financières de réaliser des transactions.

Le 1er avril 2014, la  PBOC a exigé des banques commerciales qu’elles ferment  leurs comptes en bitcoins.

En septembre 2017, les plateformes de crypto monnaies ont été interdites, provoquant la fermeture de 173 d’entre elles en moins de 9 mois.  Simultanément, les opérations d’ICO, très populaires dans le pays, ont aussi été interdites.

Début 2018, la PBOC a annoncé que la State Administration of Foreign Exchange était chargée de restreindre voire interdire le minage de bitcoins, provoquant l’arrêt de certaines fermes de minage basées sur le territoire chinois, mais sans que cela soit définitivement approuvé.

Interdiction de l’activité de minage en Chine

Le minage est clairement associé à la  Chine car c’est dans ce pays que l’on trouve  les plus grandes entités de minage, mais c’est aussi en Chine que se trouvent les plus gros fabricants d’équipements de minage (ASIC). On estime à 74% la part mondiale de minage réalisée en Chine. C’est la NDRC ( National Development and Reform Commission), une agence gouvernementale chinoise en charge du suivi de l’économie domestique qui a étudié et programmé l’interdiction de cette activité, sans que cela soit réellement définitif car tout un ensemble d’acteurs doivent aussi se prononcer et valider définitivement la décision.

Plusieurs  raisons sont invoquées  pour la justifier :      

  • des  raisons  environnementales car le minage est énergivore et  rejette donc du CO2.
    A noter qu’une part croissante de l’énergie consommée  dans ce cadre provient d’énergies renouvelables
  • des raisons réglementaires et juridiques car Bitcoin ne remplirait pas  toutes les exigences en matière financière

Mais en fait,  il apparaît plus évident que les vraies raisons relèvent surtout de  l’aspect incontrôlable de Bitcoin dans une période où l’épargne des ménages (bloquée en Chine) recherche des placements ‘refuge’ en l’absence de possibilités ‘d‘exportation ’ de ses capitaux. Dans le même temps, le pouvoir politique est à la quête d’une plus grande crédibilité du Yuan (cela passera aussi par sa future forme ‘cryptographique’ ). Conjointement, la pression exercée par le secteur bancaire contre Bitcoin est forte et même si l’adoption de la technologie est encore faible, son potentiel est important, et cela réduirait considérablement le pouvoir des banques.

Le déplacement des activités de minage hors de Chine  poserait -il un problème de sécurité ?

Quelle serait la conséquence d’un arrêt en Chine de cette activité de minage et de son transfert vers d’autres pays d’accueil favorables pour des raisons de coûts (moindre consommation énergétique comme au Canada, Russie, Islande) ? Cela   signifierait que la part de marché des mineurs situés hors de Chine augmente et limite la forte concentration du minage chinois, ce qui ne serait pas forcément une mauvaise nouvelle en matière de sécurité. En revanche, si  les mineurs ne trouvent aucun pays dans lequel transférer leurs activités et ne parviennent pas à revendre leur matériel, alors la puissance de calcul disponible sur le réseau de minage s’effondrerait brutalement, ralentissant immédiatement la validation de toutes les transactions. Il y aurait alors de forts retards sur le réseau et les commissions sur les transactions augmenteraient brutalement durant quelques jours.

L’impact sur les producteurs d’ASIC  (‘Application Specific Integrated Circuit’)

Bitmain et Canaan Inc (les 2 plus gros acteurs du matériel de minage en Chine) ainsi que tous les autres acteurs seraient les plus affectés. Il apparaitrait aussi logique que l’interdiction du minage ait un impact direct sur les fabricants des équipements de minage (ASIC).

Lorsque Bitmain produit un nouvel équipement ASIC de minage et l’utilise immédiatement au lieu de le vendre, cela lui procure un avantage concurrentiel  sur tous les autres mineurs qui continuent à utiliser du matériel plus ancien. Grâce à cela, Bitmain peut générer un revenu significatif sur ces matériels, et une fois que les profits engrangés ont été suffisamment importants, la société peut revendre ce matériel . Si le minage de Bitcoin était prohibé en Chine, les fabricants de matériel ASIC ne pourraient plus utiliser cette méthode efficace (à moins d’organiser ces opérations de minage de l’étranger) et réaliseraient donc moins de bénéfices. Dans ce scénario, il faut aussi noter que des milliers de petits acteurs du minage utilisant du matériel ASIC de seconde main reviendraient sur le marché sur la base de prix (et profits) inférieurs.

Quel serait l’effet sur le cours de Bitcoin ?

1/ Certains avancent que cela le renforcerait dans la mesure où le minage deviendrait plus onéreux (en effet il faut rappeler que le coût moyen de l’électricité est plus faible en Chine, ce qui explique le nombre très élevé de mineurs chinois).

2/ Le second argument repose sur le fait qu’une moindre interférence d’acteurs chinois pourrait renforcer encore la confiance dans Bitcoin et favoriser son cours.

Conclusion : Le minage pourrait être limité mais pas arrêté en Chine

  1. Il est assez clair que le traitement de Bitcoin et des autres crypto monnaies en Chine procède d’un double discours: restrictions sur leur utilisation d’un côté, mais de l’autre, projet très avancé d’une émission de crypto monnaie souveraine (adossé probablement à l’or) qui sera, quant à elle, totalement contrôlée.
  2. Concernant l’activité de minage, son interdiction en Chine modifierait structurellement  l’organisation de son fonctionnement. Aujourd’hui, une grosse partie du minage chinois est toujours très  actif , en particulier dans certaines provinces ( le Sichuan dispose de quelques 30 000 machines qui opèrent plus ou moins légalement et qui représenteraient 70% du minage chinois). Les annonces de la NDRC causent de l’inquiétude mais la réalité est différente et il est loin d’être certain qu’il soit finalement proposé une interdiction, ni que le gouvernement suive cet avis. S’il le fait, les mineurs quitteront le pays, et s’ils ne le peuvent pas, le réseau continuera à fonctionner de façon sécurisée. Une limitation assortie de taxation, elle-même réduite en fonction des sources énergétiques utilisées (pour favoriser les énergies renouvelables) paraîtrait plus logique.

A propos du redacteur…

Une passion : l’économie, la finance comportementale et l’émergence des actifs digitaux

Yves a débuté sa carrière dans le métier de la gestion en 1986 ou il a occupé différents postes de gérant de fonds actions et de fonds diversifiés au Crédit Commercial de France puis au sein du groupe Barclays à Paris. En 1998, il a pris la direction de la gestion actions et diversifiée puis de la gestion de la structure française du groupe néerlandais Robeco avant de rejoindre Natixis Asset Management en 2012 en tant que directeur de la Business Unit de gestion actions. Yves quitte Natixis AM en 2018 pour intervenir en indépendant auprès d’investisseurs professionnels et d’entreprises (conseil en levée de capital).

Amateur de sports d’endurance (course à pied et natation), Yves est aussi passionné par les sciences humaines, en particulier l’histoire et l’économie. Mais ce sont les aspects comportementaux des mécanismes économiques et l’analyse comportementale des marchés qui sont pour lui une source constante de réflexion et d’échange. Depuis quelques années, le sujet de la ‘blockchain’ et l’émergence des crypto actifs représentent pour lui un nouveau sujet de passion et d’opportunités.

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

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