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Le lancement de Libra va-t-il être repoussé ?

par | Oct 24, 2019 | 0 commentaires

Cet article s’adresse à des lecteurs ayant des notions dans le domaine de la Blockchain et des crypto-monnaies. Si vous débutez, n’hésitez pas à choisir une autre difficulté dans l’encadré ci-dessous wink

Difficulté de l’article:

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Au printemps 2018, Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, annonce la création d’une activité dédiée à la blockchain. David Marcus, ancien président de Paypal  et ex-responsable de Facebook Messenger  en devient le dirigeant.

Début 2019, Zuckerberg souligne l’importance du paiement via messagerie comme un axe stratégique du développement de ses services. Ainsi, un nouveau projet voit le jour. Son objet est  de résoudre les problèmes actuels d’usage  des crypto monnaies, à savoir assurer des paiements avec :

–  des frais de transaction faibles

–  des capacités importantes de volumes de transactions

L’objectif du « Coin » de Facebook (Libra) sera donc d’être utilisé pour des paiements en ligne et transferts d’argent  à partir des messageries WhatsApp et Messenger. Libra veut permettre l’accès simple à une monnaie stable dans les pays émergents où la plupart des habitants ne disposent pas de compte bancaire. Evidemment, le groupe cherche  la réalisation de synergies en profitant des très nombreux utilisateurs (environ 2.3 milliards) de ses  messageries instantanées : ainsi que d’Instagram.

Messenger dispose déjà d’une fonction paiement mais le service rencontre des difficultés de traitement de la part des acteurs traditionnels du secteur bancaire. Avec  Libra, le processus doit devenir instantané et doit remplacer les prestataires bancaires classiques.

De par son adossement à un panier de devises traditionnelles,   assimilable au fonctionnement d’un «Stable Coin»,(dans ce cas il s’agit d’un adossement au Dollar, Euro, Yen et Livre Sterling),  Libra  sera donc dotée d’une certaine stabilité de sa valeur relative.  

En juin 2019,  Zuckerberg  présente   plus en détails le projet en indiquant que Libra adoptera une blockchain privée  pour assurer les paiements. Libra pourra être achetée avec n’importe quelle devise et sera utilisée pour régler des transactions sur Internet comme dans des boutiques physiques.

La monnaie sera émise par une fondation installée en Suisse à Genève.

28 partenaires ont été associés au projet. Y figurent les principaux acteurs  du secteur du paiement tels que Mastercard, Visa, Paypal, Stripe et d’autres acteurs du commerce sur  Internet tels que Uber, Lyft,  Spotify, Ebay, Vodafone, Booking , Iliad et quelques autres.

Les soutiens au projet :

A son lancement, chacun des 28 premiers partenaires   a apporté 10 millions de dollars pour faire son entrée dans la fondation.

Chaque membre de la fondation devient responsable de la gouvernance de la  monnaie et , dispose de la faculté  d’opérer un nœuds du réseau .

Suite à des pressions   politiques multiples, en particulier d’autorités affolées par la concurrence de cette future monnaie et de son adoption généralisée, 6 des partenaires initiaux (surtout les grands acteurs mondiaux du paiement) se retirent de Libra en octobre 2019.

Il s’agit d’abord de Paypal, puis suivent  Mastercard, Visa, Stripe, Ebay , Booking et Mercado Pago  

Quels sont les enjeux ?

Le marché du transfert d’argent et de paiements  via messagerie est en plein essor. En effet, dans de nombreux pays émergents,, il est difficile pour beaucoup  d’ouvrir un compte bancaire traditionnel ou de réaliser des achats en ligne. L’arrivée d’un moyen de paiement tel que Libra est  une nouvelle façon d’offrir un accès bancaire à des populations exclues du système financier.

De son côté, la Chine est particulièrement en avance sur ce créneau. Les paiements via messagerie y sont déjà assurés via WeChat  de Tencent ou Alipay d’AIibaba. L’application mobile Wechat  permet aux internautes de discuter en ligne, d’acheter des billets de transports publics ou de taxis et d’y réaliser ses courses. Mais contrairement à la future solution Libra, le fonctionnement de WeChat est contrôlé par le gouvernement chinois.

Même si Libra n’a pas vocation à devenir  une ‘réserve de valeur’ mais plutôt de se transformer en moyen de paiement universel à frais minimes,  on comprend aisément  la concurrence considérable  de ce nouvel outil bientôt à disposition de millions d’utilisateurs.

Face aux  critiques officielles suscitées par le projet, il apparait évident que Libra serait un immense succès .  Les critiques portent de manière plus ou moins objectives sur les questions suivantes  

          Respect des données privées :  les grands   acteurs de l’Internet,  dont Facebook, sont mis en accusation sur le sujet du respect de la vie privée. L’arrivée d’un moyen de paiement dédié à Facebook  augmenterait les risques sur le respect de la vie privée par la monétisation des données personnelles 

          Risque spécifique lié au lancement d’une ‘stable coin’ à usage universel : Effet systémique ?Les contreparties en devises nécessaires  à la gestion de Libra pourraient créer un effet  déstabilisateur sur les marchés financiers et la fondation Libra  se transformera en banquier central. A ce titre, les participants seront   responsables d’une masse monétaire initiée par les échanges réalisés sur les messageries Facebook  et dans lesquelles le ‘wallet’ Calibra* sera directement intégré. Tout cela, sans aucun   pouvoir de contrôle des Etats..

          Régulation, contrôle des flux de capitaux et fiscalité  : des officiels (J.Dimon  PDG de JP Morgan et François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France par exemple )  se sont récemment impliqués dans le débat pour annoncer craindre un manque de transparence et soulever  les risques de Libra en terme de blanchiment d’argent, financement du terrorisme et prolifération des activités illégales. Il est vrai que la crypto de Facebook sera facile à utiliser depuis les smartphones

          Mise en péril de la souveraineté des Etats : la récente déclaration de Bruno Le Maire, ministre français de l’économie est assez explicite sur l’expression de l’aversion au projet Libra « Avec le projet Libra, la souveraineté monétaire des Etats est en jeu. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas autoriser le développement de Libra sur le sol européen ».

Derniers développements

Comme on le constate, les dernières déclarations officielles ont été très acerbes et clairement opposée   au projet Libra.

Aux USA, la présidente du Comité sur les services financiers du Congrès  a demandé la suspension du projet tant que le Congrès et les régulateurs n’auraient pas examiné le dossier et a appelé les initiateurs du projet à venir témoigner devant le Congrès.

Face à  ces propos de rejet (la souveraineté monétaire est en jeu dans une période ou la pertinence des politiques monétaires ultra accommodantes posent question), les grands états sont de plus en plus nombreux à vouloir eux-mêmes  créer leurs propres crypto monnaies de banque centrale (CBDC). Mais celles-ci seront évidemment centralisées et contrôlées par ces pays.

Dans ce contexte d’hostilité, il n’est donc pas étonnant que les principaux acteurs du secteur des paiements qui sont initialement  entrés dans la fondation Libra aient récemment abandonné le projet.

En dépit de ces défections, la fondation Libra a bien vu le jour et s’est récemment réunie, regroupant des acteurs convaincus de la pertinence du projet et de son succès futur. Mais la pression officielle se renforce, d’ailleurs, Zuckerberg passe en audition à la commission bancaire du Congrès américain le 23 octobre. Certains participants craignent aussi que les enquêtes menées par les autorités sur Libra ne débordent vers leurs propres activités.   

Compte tenu de ces éléments, et alors que le déploiement du réseau  avait été initialement prévu pour le premier trimestre 2020, Facebook a déclaré que le lancement prendrait le temps nécessaire afin de répondre à toutes les interrogations des régulateurs.                      

A suivre

* Calibra est filiale à 100% de Facebook . Son app  permettra de se coupler à un portefeuille de crypto « nativement » compatible aux messageries de  Facebook et d’organiser les transferts, les paiements et d’acheter des produits des partenaires du groupe.

A propos du redacteur…

Une passion : l’économie, la finance comportementale et l’émergence des actifs digitaux

Yves a débuté sa carrière dans le métier de la gestion en 1986 ou il a occupé différents postes de gérant de fonds actions et de fonds diversifiés au Crédit Commercial de France puis au sein du groupe Barclays à Paris. En 1998, il a pris la direction de la gestion actions et diversifiée puis de la gestion de la structure française du groupe néerlandais Robeco avant de rejoindre Natixis Asset Management en 2012 en tant que directeur de la Business Unit de gestion actions. Yves quitte Natixis AM en 2018 pour intervenir en indépendant auprès d’investisseurs professionnels et d’entreprises (conseil en levée de capital).

Amateur de sports d’endurance (course à pied et natation), Yves est aussi passionné par les sciences humaines, en particulier l’histoire et l’économie. Mais ce sont les aspects comportementaux des mécanismes économiques et l’analyse comportementale des marchés qui sont pour lui une source constante de réflexion et d’échange. Depuis quelques années, le sujet de la ‘blockchain’ et l’émergence des crypto actifs représentent pour lui un nouveau sujet de passion et d’opportunités.

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

Yves Maillot

Relations investisseurs Analyste stratégiste de marchés

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